299 jours

C’est le nombre de jours depuis mon dernier post. Je viens de le relire. J’avais oublié à quel point toutes ces pensées m’avaient enfermée dans ma tête. Je m’aperçois aujourd’hui que le calme a remplacé le brouhaha étourdissant. Je m’aperçois aujourd’hui que je me sens apaisée, j’ai envie de pleurer tellement c’était quelque chose d’improbable il y a encore quelques mois.

Je suis en train de changer. L’année dernière, juste avant mes 39 ans, j’avais l’impression que tout était plié, qu’une fois la trentaine passée, si je n’avais pas réussi à sortir de moi-même, je n’y arriverai jamais. Par « sortir de moi-même », je veux dire m’extraire de la carapace que je me suis construite très tôt. Apprendre à me montrer vulnérable, et surtout, surtout, m’accepter. J’ai passé une bonne partie de ma vie à penser que je n’étais assez bien pour personne, que juste « moi » ce n’était pas suffisant, pas convenable, pas approprié. « Céline » était un concept non fini qui devait s’adapter à son entourage dans le but d’être tolérée (même pas acceptée non, juste tolérée), ce qui nécessitait des efforts considérables pour rester connectée à tous les gens avec qui j’entrais en interaction afin de percevoir les signes de leur désaccord avec la forme de vie que j’étais. Cette hypervigilance et ces ajustements constants étaient juste épuisants. Et c’était ma vie depuis très longtemps. Je n’avais pas toujours été comme ça. Jusqu’à l’âge de 5 ans environ, j’ai des souvenirs de plénitude. D’être moi. D’être acceptée. C’est difficile de décrire ce qu’il s’est passé dans ma tête depuis. Je pense avoir identifié la raison, et peu importe. Mais quand j’essaie de me souvenir de moi l’année dernière, je vois un cerveau tout noir, tout gribouillé. Une voix qui me critiquait constamment. Ce n’était pas de la dépression, ça ne m’empêchait pas de fonctionner. C’est juste que ça me tirait vers le bas et m’empêchait de jouir pleinement des belles choses autour de moi.

Pause narrative. J’avais commencé ce post avec l’envie d’en faire quelque chose de joyeux, un simple bilan sous la forme : « Quelle joie d’être heureuse », ou un truc du genre. On dirait que j’en suis incapable, mais ce n’est rien, ça me va.

Parce que ça y est, après toutes ces années, je peux enfin le dire : je m’aime. J’ai attendu un peu avant, testé plusieurs fois, à plusieurs occasions, et puis, j’ai voulu attendre un peu parce ce que c’est tout récent, vous savez ce que c’est quand on dit « je t’aime » trop tôt. Et cette fois j’en suis sûre, Céline, oui oui, toi, la grande bizarre un peu gauche, non seulement je t’aime pour ce que tu es, mais en plus j’aime tes défauts, tous les petits couacs, tout ce que tu rates. Je ne t’en veux plus, c’est bon je te fiche la paix.

Je ne vous dis pas l’effet que cela a sur ma vie.

Si, je vais vous le dire. J’ai changé de métier (j’avais déjà commencé l’année dernière quand j’ai écrit mon dernier post), quitté mon compagnon, déménagé, je vois des gens, je souris, j’ai arrêté d’avoir peur des autres, j’ai envie de dire aux belles femmes combien elles sont belles, et j’ai trouvé ma voix. C’est une chose très surprenante. J’ai toujours aimé chanter, j’ai cru longtemps que ma voix était trop grave et que je ne pouvais pas faire de notes aiguës. Je parlais même de ma « voix d’homme » (ma petite voix en action, mesdames et messieurs). Et bam ! Je passe absolument toutes les notes de mon album préféré d’Émilie Simon, The Big Machine. Alors, ce n’est pas forcément très harmonieux, j’entends un peu la plainte d’un chat dont on écrase la queue. Mais les notes sont justes, pleines et puissantes. Cela peu paraître anecdotique mais lorsque comme moi on chante pour se soigner et se consoler, c’est vital. Même pas important, non. Vital.

Enfin, j’ai appris à laisser mes amis me dire qu’ils m’aiment. Je m’autorise à les aimer entièrement. Je n’ai plus peur.

J’envisage la vie vraiment différemment, à la fois de manière volontaire mais aussi inconsciente (c’est ça qui est formidable).

Bright side

Comme dirait l’autre, « Pourvu qu’ça dure ».

Sound and music, and words, and thoughts

Toujours ces jours où la soif d’écrire est là, de ces mots qui ne s’échappent jamais par ma bouche, et ma main qui brûle de les graver sur le papier pour que mon cerveau fou se débarrasse de ces échardes qui se hérissent sur toute la surface de mon cortex. DEHORS les mots. DEHORS les pensées. Partez. Laissez-moi. Qui sait ? Qui sait toutes les pensées ? Tous ces rythmes. Les phrases sont rythmiques, le rythme de la vie, de l’amour, des rires, des amis, mais le rythme ne se dit pas, il s’écrit, et pourquoi ?

C’est toujours ce qui m’a animée, la musique et les mots écrits, pourquoi ai-je dévié de moi-même ? Je me cherche depuis si longtemps tellement loin de celle que je suis. Perdue et enfin retrouvée. Ne pas laisser s’enfuir la sensation de cet instant.

Celle que je suis

J’ai besoin, besoin de m’exprimer. Je ne fais que tourner autour depuis des années. Et si c’était ça, le but de la vie ? Trouver la façon que chacun a d’exprimer qui il est ? Trouver au fond de soi le courage de dire : « voilà qui je suis », et trouver le moyen de le dire.

Je tourne autour depuis des années, je cherche mon moyen mais je suis trop influencée par ce qui m’entoure et ceux qui m’entourent. Je ne suis pas capable de m’en inspirer et de fermer mes capteurs au moment de plonger au dedans de mon esprit. Je sens que parfois je le touche du bout des doigts, ce moyen, mais je ne parviens jamais à l’appréhender réellement.

Alors je tourne, je suis malheureuse parce que personne, absolument personne ne sait qui je suis. Je me meurs de solitude, pourtant je ne suis pas seule. Je pleure et j’envie ceux qui savent crier et afficher leur identité. Je porte des chaînes, des carapaces, des voiles, et s’il m’arrive de passer la main à travers cela, je la rentre bien vite car je n’ai pas encore trouvé.

Je passe mon temps à chercher au lieu de vivre, parce que je passe mon temps à chercher à vivre. J’ai comme la sensation que ce que je vis n’est pas ma réalité, et je panique de voir les années passer, et ma réalité toujours invisible. Elle ne s’éloigne pas, mais elle ne se rapproche pas, combien de temps encore faudra-t-il, aurai-je au moins le temps ?

Parler

Il y a tellement de choses que je ne sais pas dire. En marchant hier, je me suis aperçue que je gardais les lèvres tellement serrées que ma bouche finirait par être définitivement scellée, à force de ne rien dire.

J’ai l’impression d’être un fantôme parfois. Mais je crois que je commence à l’accepter. Malgré mon mutisme occasionnel, j’ai le droit d’exister. Je ne sais pas parler avec légèreté, chaque parole doit avoir un sens et servir un objectif.

Parler pour se lier, je ne comprends pas le concept. Je comprends les petites phrases d’introduction quand on rencontre quelqu’un, mais je ne comprends pas le maintien du lien par la parole. Une fois les présentations faites, soit on a quelque chose à se dire, soit on se tait. C’est bon, le silence.

Puis à d’autres moments, les mots sont là, dans ma tête, au fond de ma gorge, ils poussent derrière mes lèvres mais je garde la bouche fermée, je secoue la tête et je continue à me taire. Ces fois-là pourtant, il y aurait des choses à dire, mais ça me fait peur. Je ne sais pas trop de quoi j’ai peur. De blesser ? D’être jugée, critiquée ? De choquer ? De devoir expliquer, justifier ?

Je sais que je me pose trop de questions.

Le droit à l’excuse

A-t-on le droit d’être excusé quand la vie fait qu’on n’a plus de temps pour rien ni pour personne ? Quand la vie d’adulte est si dure à mener que toute tentative de sourire fait craindre un relâchement côté gestion des responsabilités, a-t-on le droit de dire : je suis triste et ennuyeuse, mais c’est pas de ma faute m’sieur, c’est que si je me laisse aller tout va partir en vrille et je ne me sens pas capable de redresser la barre ? Alors je préfère continuer à faire la gueule et à tracer mon chemin, c’est moins drôle mais plus facile dans ma tête.